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 Violons dingues.

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Rodes (nurtapa)
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Age : 56
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MessageSujet: Violons dingues.   Lun 4 Juin - 4:50

Violons dingues



- Alors, voyons !

Recherchons, pour chantier en Extrême Orient, ingénieur, dix ans d'expérience dans le recyclage des carcasses de chiens parlant couramment le chinois.

- Merde, je parle pas le chinois, c'est dommage !

Entreprise multinationale cherche commerciaux motivés et compétents pour promouvoir ses produits sur le marché africain.

- Mouais, motivés...compétents.. passons à la suite !

Urgent, cherche technicien de transport à mains nues, salaire motivant, possibilité de dormir sur place.

- Encore des camions à décharger, je sors d'en prendre alors, basta ! Bon, y'a rien et puis de toute façon, à midi passé, tout doit être pris. Aaah ! Un peu de détente !

Je suis spécialiste de la Charentaise, expert en sieste sans filet, docteur es Tai-chi-chuan, vous savez, cette gymnastique chinoise, lente, si lente. D'ailleurs, j'ai toujours été comme ça. Déjà, tout petit, alors que mes voisins de couveuse braillaient à qui mieux mieux pour qu'on leur apportât la croûte, je piaillais de me sentir ainsi flotter dans les restes du dernier biberon, ayant toujours une couche de retard. Ensuite, à l'école, on m'appela la « Limace Apathique ». Alors que mon voisin José potassait déjà la production de bauxite dans les années cinquante, j'en étais encore à déchiffrer les Contes de Ma Mère l'Oie avec la langue sur la lippe et le doigt sur les lettres.
' Beu' et ' a', Ba, ' Teu' et ' i', Ti .. !

Après avoir enfin décroché mon bac, à trente deux ans, je me mis ardemment à la recherche d'un emploi et quittai, la larme à l'oeil, ma Maman et ma collection complète de maquettes de tracteurs. Ce fut un moment déchirant mais il fallait bien affronter le monde et ses mystères.

Deux ans plus tard, je décrochai une place de veilleur de nuit dans une centrale nucléaire. Au bout d'un an, je fus évacué d'urgence après une fuite sur le réacteur numéro trois. Alors que tout le monde était déjà en décontamination, je fumais tranquillement ma cigarette, lapant quelques gouttes d'eau fraîche qui suintaient d'un tuyau en plomb. Mais je ne perdis pas au change. Après trois mois de soins intensifs, il fut admis par les spécialistes que j'étais hors de danger et que cette aventure avait développé mon sexe de façon inattendue, ce dernier atteignant désormais la taille respectable de trente cinq centimètres au repos.

Fort de ce nouvel atout, je rencontrai enfin la femme de ma vie, au Bal des Traumatisés de l'Atome.
Ah ! Marie Claude ! Je la vois encore, reprogrammant son rein artificiel après une surtension dans l'unité centrale. Elle était à elle seule un condensé de haute technologie, la première femme bionique de moins de cinquante ans.
La Nasa l'avait prise en main après qu'elle eut abusé de rapports intimes avec les membres du Fan Club de Marie Curie.

Ces imbéciles avaient récupéré, dans une vente aux enchères, deux cents grammes de radium dédicacés par la célèbre chercheuse et ils passaient leur temps à caresser ce vestige, montrant là quelque malsaine tendance au fétichisme.

Bref, Marie Claude avait survécu et touchait une pension à vie pour services rendus à la science. Nous étions faits pour nous trouver mais aussi pour nous perdre, malheureusement. En effet, deux jours plus tard, ma fiancée rencontrait Charles Henry, un androïde du Seizième avec ramasse-miettes intégré et dictionnaire de rime en binaire, un vrai crack de la poésie. Je n'avais aucune chance.

Finalement, j'optai pour le célibat et l'amour à un, parvenant sans peine à recourber mon membre pour en honorer mon propre fessier. On n'imagine pas tout ce qu'on peut faire dans le domaine de l'érotisme.
Je vécus ainsi de nombreuses années, exerçant mille métiers, passant mes week-ends au bord du Vermont, une canalette d'irrigation, dans la grande banlieue d'Orléans. Mais j'avais besoin de changement, de découvrir de nouveaux horizons. Si ça continuait, j'étais bon pour l'anus en plastique et les électrochocs, version condensée.

Il me fallut bien six mois pour trouver ma voie, mon sacerdoce, mon unique destinée. Je me pris soudain de passion pour la lecture des petites annonces. Tout y passait, de l'enclume ukrainienne au semi-remorque, des cours particuliers de cyrillique aux boites à partouzes en Auvergne. Tout m'intéressait et je possédai bientôt assez de journaux pour torcher un troupeau de Diplodocus pendant trois générations. Ainsi, dans mon quartier, on commençait à me regarder d'un drôle d'oeil, la rumeur enfla et je fus vite considéré comme le marginal, le cas clinique, la bête à abattre..

Mais la passion était plus forte et je me résignai finalement à fouiller la poubelle de Manuel, un cradingue du rez-de-chaussée qui vivait du rmi et bouffait de la pâtée pour chien. Là, il fallait du mérite. Même les éboueurs refusaient de ramasser ses ordures, considérant cela comme une atteinte aux droits de l'homme. Ils avaient même demandé à Bruxelles d'intervenir, menaçant les instances européennes d'une grève illimitée.

Bref, j'étoffais rapidement ma collection et n'eus bientôt plus assez de temps pour profiter de mes acquisitions. Je devais m'organiser. Pour ce faire, je contactai l'Abbé Pierre et ses acolytes, une bande qui sévissait dans toute la France. Après avoir parlé au Parrain, il fut décidé qu'en échange de quelques heures de bénévolat, l'organisation me fournirait chaque jour trente kilos de « canards », « canards » se déclinant bien sûr au sens journalistique du terme.

Bon, c'est pas tout ça mais j'ai encore trois numéros du Chasseur Français à éplucher et qui sait, peut-être trouverai-je un jour l'âme soeur dans un vieil exemplaire de Science et Vie, dans le genre : Femme à deux têtes, retraitée du Cirque Pinder, recherche baryton pour interpréter le Best Off des chants liturgiques à trois voix.

*


Jérôme
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Natacha Péneau

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Nombre de messages : 1328

MessageSujet: Violons dingues.   Lun 4 Juin - 12:57

Entre ta nouvele et tes poèsies il y a un monde que je découvre, une richesse qui est bien toi...

Je suis venue hier soir et j'ai lu differents textes, ainsi que le réglement pour déposer un poème...
Je n'ai pas le même point de vue sur la poésie. Prevert n'aurait pas eu sa place sur ce site ?
J'aime la liberté dans tous les domaines, j'écris avec mes tripes et non avec des règles imposées.
Je comprends ceux qui veulent rentrer dans ce carcan. Ces vers ont une perfection de style remarquable, Que j'ai beaucoiup appreciés .

Les peintres ont les mêmes discutions entre les modernes eu ceux qui cherchent la perfection du classique et en final reproduisent une photo.
Je ne me considère pas comme un poéte, j'écris pour mon plaisir depuis mon enfance, j'ai toujours jetté tous mes gribouillages poétiques, ceux qui me restent ont été avalés par Internet.

J'écrirai certainement jusqu'au bout de mes jours, le besoin de créer fait parti de ma vie.

Merci de m'avoir ouvert ton univers.
Bonne journée, amicalement,
Bise, Natacha



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Rodes (nurtapa)
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MessageSujet: Re: Violons dingues.   Lun 4 Juin - 13:21

J'ai créé ce site car aucun ne convenait à mon obsession de l'époque, réunir quelques complices pour élaborer une poésie parfaite. J'entends par parfaite une écriture se pliant aux règles du classique. Aujourd'hui, je me sens apaisé car ce fut fait. Alors je vais créer une nouvelle rubrique pour la poésie libre ou néo-classique; ainsi chacun pourra y poster ses créations,.Voilà, Natacha, si tu croises Prévert tu peux lui dire que ma porte lui est désormais ouverte.

Amicalement

Jérôme
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Natacha Péneau

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Nombre de messages : 1328

MessageSujet: Violons dingues   Lun 4 Juin - 14:00

J'ai croisé Prevert dans les années 60 "Sympa !"
J'ai travaillé ses textes dans des cours d'art dramatique.
Je dirai au nuage qui passe que desormais il pourra déposer ses oeuvres Aux Volcans de Larmes !

C'est une bonne idée d'élargir ton champ d'expression.
bises
Natacha
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