L'essentiel de la douleur humaine
 
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 Gilbert mène l'enquête (1)

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Rodes (nurtapa)
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MessageSujet: Gilbert mène l'enquête (1)   Jeu 11 Jan - 9:55


Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé serait fortuite...ou volontaire, ça dépend des jours !
 
Il y a quelque temps, j'exerçais encore la noble profession d'artisan boucher, dans le sud de la France et puis... ! Mais revenons plutôt à ce jour mémorable où ma vie bascula.
Je balayais mon pas de porte quand une vieille s'approcha de moi, un panier à la main.
- Le magasin est fermé, madame ! L’informai-je.
Elle resta muette et me fixa d’un air malicieux.
- Puis-je vous aider ? Ajoutai-je.
Elle ne desserrait pas les dents et continua à me fixer. Je me sentis un peu gêné et, pour me donner une contenance, frottai le sol déjà propre, de mon balai en paille de riz. Au bout de quelques minutes je décidai de régler le contentieux et, la saisissant par les épaules, lui assénai :

- Bon, maintenant mémère, tu vas me lâcher un peu !

Je ne sais pas ce qui me prit, peut-être la journée difficile, le temps maussade, les hémorroïdes qui me taraudaient depuis une semaine ! Elle continua à me regarder, d’un air suppliant, j’étais désemparé. Autant je ne crains rien d'une carcasse sanglante, autant cette pauvre décrépite parvenait à m'attendrir. Soudain, elle ouvrit son sac, y saisit un papier et me le tendit. Je dépliai la feuille, convaincu d'y trouver la réponse à ce mystère. La vieille dodelina de la tête, comme impatiente de délivrer son message.

- Enfin, je vais comprendre cette énigme ! Pensai-je.

Pourtant, au moment de lire, je m’aperçus que je tenais à la main une feuille blanche. Je la retournai, pensant m’être trompé de côté, idem. Il fallait à présent prendre les choses en main et ce, de façon définitive.
- Et pourquoi ne pas jouer le jeu ? Me dis-je.
Je simulai donc, d’un air entendu, la lecture du message pour finalement regarder l'ancêtre au fond des pupilles et opiner du chef. Elle semblait satisfaite et arbora un sourire émouvant. 
- Certainement une décérébrée en vadrouille ! Marmonnai-je. 
Je décidai alors de vaquer à de plus saines occupations, lui présentant mes hommages et ouvrant la porte du magasin, soucieux d’accomplir d’ultimes tâches ménagères. Je gardai quand même un oeil sur le fossile, attentif à sa réaction. Elle resta interloquée quelques minutes et s’éloigna d’un pas résigné. 
- Ouf ! Pensai-je, soulagé. 
Mais soudain, je perçus le grondement d’un moteur. Une berline noire surgit du néant et fonça sur la pauvre vieille qui stoppa net sa marche. Je fermai les yeux, soumis à l’inévitable. Le choc fut terrible. Le véhicule s’éloigna rapidement et je soulevai lentement les paupières, anxieux du spectacle que j’allais découvrir. 
La pauvre victime gisait sur le sol, immobile, baignant dans son sang. Sans hésiter, je courus vers elle, dans l’infime espoir de la sauver. Malheureusement, le criminel avait bien accompli sa funeste tâche. Je regagnai donc la boutique pour remplir mon devoir de bon citoyen et prévenir les flics de ce drame atroce. Mais au moment de décrocher le combiné, j’entendis la sirène des gendarmes. Comment pouvaient-ils déjà être au courant ? Qui les avait si rapidement prévenus ? 
- Bah , après tout cette histoire ne me regarde pas !  Pensai-je. 
Je m’apprêtai donc à quitter le magasin. Après une telle journée un peu de repos me ferait le plus grand bien. Au moment de baisser le rideau de fer j’aperçus quelque chose, sur le trottoir, et m’approchai, intrigué. Il s’agissait d’un petit calepin, de ceux qu’on trouve dans tous les bazars. Machinalement, je le plaçai dans ma poche et pourrais le parcourir en toute quiétude les fesses dans un fauteuil.
Enfin, home sweet home ! Qu’il est bon de se retrouver chez soi !
Après un dîner des plus copieux, je me rendis au salon, bien décidé à en découdre avec quelque niaiserie télévisuelle. Soudain, je me souvins du carnet et, fouillant ma poche, saisis l’objet mystérieux. Feuilletant rapidement les pages, je remarquai de nombreuses phrases sans intérêt, écrites d’une main hésitante.
- La vieille, sans aucun doute ! Me dis-je.
Pourtant, mon attention se porta sur une adresse soigneusement notée en lettres capitales :
Association pour l’Intégrité des Etres Vivants 
2, chemin des Ecoliers 
Barneduc les Granges.
Je connaissais bien ce hameau pour y avoir livré moult quartiers de viande.
- C’est décidé, demain je me rendrai sur place ! Pensai-je.
Après tout cette aventure pimentait un peu ma vie de célibataire endurci. Après une nuit courte mais salutaire, je me préparai au périple. Ce matin là le café avait un goût amer et, avant même de finir mon bol, je me précipitai vers la camionnette, bien décidé à satisfaire ma curiosité. Je ne pouvais ordonner mes idées, « tout » se mélangeait à « rien » et ce cocktail aurait bien mérité le dépôt d’un brevet sur la propriété intellectuelle. Au fil de troubles pensées j’arrivais enfin à Barneduc. Le village se réveillait à peine.
Un brouillard dense se dissipait peu à peu, dévoilant la petite cité. Quelques ancêtres ouvraient leurs volets, un chien fouillait une poubelle renversée, la routine quoi !
- 2 chemin des Ecoliers ! Bon sang, comment trouver la rue ? Essayons le café des Spores, il est peut-être ouvert ! Ouais, gagné ! 
Je me garai donc sur l’unique place du village puis dirigeai des pas de somnambule en transit vers le zinc du père O’Neil, un irlandais en exil au passé plus que douteux. Il trônait, comme toujours, du haut de ses cent dix kilos de viande rouge et, en me voyant, Patrick saisit une bouteille de whisky puis vint à ma rencontre. Avec lui toutes les occasions étaient bonnes pour prendre un gorgeon et s’il avait vendu son foie au kilo, il aurait pu prendre une retraite dorée au Connemara.
- Dis-donc, mon vieux, saurais-tu où se trouve le Chemin des Ecoliers ? Demandai-je
- Yes, mon ami, je te montrerai !
Je pensai : 
- Merde, il va encore me prendre le chou avec ses comptines pour « Hardeur » nostalgique ! 
Fort de mes quatre vingt dix kilos de saine bidoche et dans un surprenant sursaut d’autorité, je lui assénai :
- Non, Patrick, désolé, je n’ai pas le temps ! 
- That’s fine, keep cool, mon ami ! Tu vas quand même boare oune dernier verre ? ! ? 
Je me résignai donc à pousser au fond du gosier une goulée de sa pisse frelatée.
Après ce geste héroïque, il se décida à donner le renseignement. Il n’était pas utile de prendre la camionnette. Il suffisait de suivre les traces de bave que les exhibitionnistes en quête de candides compassions avaient laissées derrière eux, ce matin à la rentrée des classes. Après quelques enjambées je me trouvai enfin sur place.
- Rue... ? Rue... ? Chemin des Ecoliers ! Nous y voilà ! 
Un endroit désert, presque inquiétant. Tel Alain Delon dans ses solitaires errements, je plaçai la main à la ceinture, prêt à dégainer mon couteau : lame de vingt six centimètres en titane renforcé, manche en buis finement sculpté, mon dernier cadeau de Noël, Maman a toujours eu du goût.
- Donc ! Paulette, ramoneuse à Saint-Claude..., c’est pas ça ! 
- Diego, maçon cul de jatte, constructeur de niches pour chihuahuas, pas ça non plus!
- AIEV...bingo ! Nous y sommes !
Un petit jardinet, quelques laitues jaunies, un nain de jardin made in « Beauf City », rien de bien engageant. Je sonnai. 
Au bout de quelques secondes la porte s’ouvrit en grinçant et j’entrevis une rombière affaissée. Affublée d’un châle d’époque, elle dirigea son pied bot vers ma face défaite. Je serrai le manche de mon coutelas. Pourtant, j’en avais vu dans ma vie des biches étripées, des agneaux mutilés, des séries «B » américaines, mais là, brusquement, je découvrais un vrai drame de l’existence. Sa joue pendait comme un défi à la gravitation. Un des yeux, à moitié fermé, suintait de pus.
- Ouuii ! ? C’est pour quoi ? Demanda-t-elle d’une voix chevrotante.
Respectueux de mon éducation judéo-chrétienne, je consentis au déchet un sourire de commercial épanoui:
- Bonjour ! Je viens au sujet de madame…merde, j’avais oublié le nom ! 
Je saisis le précieux calepin et le feuilletai fébrilement.
- Voilà ! Madame…. , Nichenfleur, pouvez-vous me parler d’elle ? 
- Ohhh ! Mon pauvre monsieur, elle était ma meilleure amie...quand les gendarmes ont téléphoné…
Le fossile ne pouvait plus parler et le pus coulait de plus belle. Elle faisait peine à voir. Je l’aurais bien "euthanasiée" mais elle semblait décidée à goûter encore aux joies de l’existence Je lui demandai d’en dire un peu plus.
- Oui ! Ajouta-t-elle. Nous faisions souvent des parties de Cluedo. Ah, elle était forte la Germaine ! He oui ! 
Je commençais à perdre patience et, malgré un grand respect pour le quatrième age, j’aurais bien plongé sa tronche dans un bac à frites. Je tentai donc de la cuisiner pour en savoir un peu plus. Finalement elle m’apprit la vocation de leur association. A la base, elle fut fondée à la suite d’un vol de laine dans une mercerie. A présent, le groupe possédait de nombreux représentants dans le monde, dont madame Nichenfleur qui était déléguée pour la France aux affaires d’enlèvements. Tout cela commençait à prendre forme. Je rentrai donc à la maison, laissant la vieille peau à son triste sort.

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