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 L'amoureuse chapitre 2: ” Baisers et mauvaises nouvelles..."

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Lilas



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MessageSujet: L'amoureuse chapitre 2: ” Baisers et mauvaises nouvelles..."   Mer 2 Mar - 7:13


Charles embrassait passionnément Marie quand il entendit soudain un léger cri, suivi par le bruit d'une course effrénée dans l'allée du jardin. Il lâcha Marie brusquement.

— Quelqu'un nous espionnait, lui dit-il d'une voix pressante.
— Mais qui? répondit Marie, interloquée. Personne n'est au courant pour nous, et mon mari est parti en voyage d'affaire, ces derniers jours.

Marie était l'épouse du notaire de ce petit bourg de Bretagne. C'était une jolie femme, blonde, pulpeuse, dans la trentaine. Son mariage était un arrangement entre les deux familles, et elle n'y avait trouvé aucun amour et pas d'affection. Nul enfant n'était venu combler son coeur de femme. C'est donc tout naturellement qu'elle avait succombé au charme de Charles, quelques mois au paravent, après l'avoir rencontré à une vente de charité. Charles n'avait pas eu beaucoup d'efforts à faire pour la conquérir, elle était prête pour ce genre d'aventure, dans le vide de son existence..Entre eux s'était établi une relation régulière, et ils se retrouvaient dès qu'ils en avaient l'occasion. Pour elle, ce n'était pas une amourette. Elle l'aimait profondément et s'était jeté dans cette histoire avec passion. Charles, pour sa part, prenait les choses avec plus de distance. Bien qu'âgé de trente ans, il ne désirait pas s'engager. En célibataire, il profitait de ce que la vie lui offrait. Les conquêtes succédaient aux conquêtes, les fêtes aux parties de chasses et aux soirées dans les cercles de jeux. Charles aimait la vie et ses plaisirs, et ne se privait de rien. Marie le savait, car Charles avait une certaine réputation auprès de ces dames, mais elle voulait croire qu'elle n'était pas une simple passade.

— Rentre, chuchota-t-il à Marie, je vais voir de qui il s'agit.

Marie acquiesça et se dirigea vers la maison, le cœur battant. Si jamais ils étaient découverts, c'en serait fini de sa vie et de sa réputation. Elle n'aurait plus qu'à partir et à se faire oublier. Quitter Charles lui semblait impossible. Elle se sentit désemparée, mais elle se ressaisit, remit de l'ordre dans sa toilette et fit son entrée dans la salle de bal, un sourire plaqué sur le visage. Avisant un groupe de ses amies, elle se dirigea vers elles et s’immisça dans la conversation comme si de rien n'était.

Charles fit quelques pas dans l'allée, quand il sentit qu'il marchait sur quelque chose. Il se baissa et ramassa l'objet. Il le reconnu tout de suite. C'était le carnet de bal de Clémence. Minuscule, il avait une couverture en argent gravé, facilement reconnaissable . Ainsi, leur espion n'était autre que Clémence...Il ne put s'empêcher de sourire. Décidément, la jeune fille surgissait toujours dans sa vie de façon inattendue. Et la petite sauvageonne était devenue une femme magnifique. Quelque chose s'était passé entre eux, lorsqu'ils avaient dansé ensembles, Charles en était conscient, mais avait préféré ignorer ses sensations. Là, elles reprenaient le dessus et il n'arrivait pas à les sortir de ses pensées. Il avait oublié Marie. Il s'élança sur les traces de Clémence, malgré l'orage. Des bouffées d'air iodé attirèrent son attention:l'océan...Elle devait être là. Après quelques centaines de mètres, il l'aperçu enfin. Cette petite idiote était tout au bord de la falaise et menaçait d'en tomber. Il accéléra le pas, et la rattrapa juste alors qu'elle chancelait dans le vent déchaîné. Il la prit dans ses bras. Elle était glacée, peu protégée par sa robe, et ses joues ruisselaient de larmes et de pluie mêlées. Tremblante, elle voulu se dégager de son étreinte, mais ne le put, tant il la serrait fort contre lui. Alors, elle cessa de lutter et se laissa aller sur son épaule, dans sa chaleur, tout en continuant de sangloter comme une enfant. Il déposa un baiser dans ses cheveux. Elle sentait bon, rose et iris sans doute. Et dans ses bras, elle était si menue et vulnérable, qu'il avait presque peur de la briser. Il voulait la protéger et c'est ce qu'il comptait faire ce soir.

— Clémence...Mais que faites-vous donc ici, par ce temps? lui murmura-t-il.
— Je vous ai vus, hoqueta-t-elle, la voix encore pleine de sanglots. Vous embrassiez cette femme!
— Rien de bien sérieux, Clémence...Elle est mariée, et compte peu pour moi, lui confia-t-il.

Il s'étonnait lui-même. Quel besoin avait-il soudain de se justifier devant cette femme. Mais il ne pouvait s'en empêcher. Il lui semblait que c'était indispensable. Il éprouvait un besoin vital qu'elle comprenne qui il était, au fond. Il souhaitait qu'elle sache que cette aventure était sans importance à ses yeux et qu'il n'y avait qu'elle qui comptait à cet instant. Charles réalisa soudain la tournure que prenait ses pensées. Était-il en train de tomber amoureux? Son étonnement était total, sincère. Jamais il n'avait ressenti de telles émotions. Habituellement, il prenait les choses à la légère, mais avec Clémence, il sentait que c'était impossible. De fait, il venait de perdre son insouciance. Comme cela, brutalement, sans rien voir venir et le monde prenait soudain d'autres couleurs. Il était abasourdi, comme assommé par cette réalité: il l'aimait. Il essaya de se raisonner, mais rien n'arrêtait cette vague qui l'avait envahi et le possédait tout entier. L'amour...Il lui releva le visage. Elle avait les yeux battus, creusés, emplis de souffrance. Cela lui fit mal. Il aurait voulu effacer les traces de ce chagrin dont il était la cause, assurément. Il déposa de petits baisers sur son front, ses paupières, la berça comme s'il avait voulu la consoler. Puis, irrésistiblement, il s'empara de ses lèvres. Elles étaient fraîches et douces et lui répondirent, comme une évidence. Ils s'oublièrent tous deux dans ce baiser intense.


Clémence crut défaillir. Ce dont elle avait rêvé depuis si longtemps était en train de se réaliser. Plus rien ne comptait. Ni le froid, ni le chagrin qui s'était enfui comme une ombre. La passion l'emportait loin de tout cela. Elle retrouvait cette sensation de sécurité et de bien-être qu'elle avait éprouvée dans les bras de Charles lorsqu'elle était enfant. Mais il s'y ajoutait quelque chose qu'elle n'identifia pas tout de suite. C'était comme une onde chaude et vibrante qui montait de son ventre. Forte, elle l'envahissait toute entière, ne lui laissant aucun répit. Elle comprit qu'il était fait pour elle, depuis toujours et que jamais elle ne pourrait ressentir pareille chose avec quiconque. Elle l'aimait, de tout son cœur, de tout son corps. Elle se serra contre lui encore plus fort, comme pour ne faire plus qu'un. Le monde continuait de tourner, pourtant, pour eux deux, rien ne serait plus jamais pareil. Sans un mot, ils se regardèrent et se sentir liés pour l'éternité.






Un instant plus tard, ils reprirent le chemin du retour vers la grande maison et le bal. La robe de Clémence était gâchée, toute tachée de boue et de pluie. Impossible pour elle de retourner au bal dans cette tenue. Sa mère allait être furieuse. Mais Clémence s'en moquait. Elle se mit à rire.

— Que va dire ma pauvre mère? gloussa-t-elle.
— Sans doute rien de bien gentil, dit Charles en enlevant son manteau qu'il posa sur les épaules de Clémence. Tu vas attraper froid. Laisse-moi faire, je vais arranger les choses.
— Avant, promets-moi une chose, Charles, s'il-te-plaît, supplia-t-elle.
— Dis-moi...
— Promets-moi que tu ne reverras pas cette femme! Promets-le moi!
— Oui, lui dit-il, bien sûr, je te le promets, Clémence. C'est toi que j'aime...

Et Charles se jura de ne plus revoir Marie. Elle allait être malheureuse, mais tant pis. Ainsi va la vie. L'amour est égoïste et ne se nourrit que de lui-même. Marie ne comptait plus du tout pour Charles. Elle avait été une aimable distraction et rien de plus à ses yeux. Il faudrait bien qu'elle s'y fasse. La pluie s'était arrêtée.

— Attends-moi là, lui dit-il, en indiquant un banc sur la terrasse. Je vais aller chercher ta mère et tenter d'apaiser les choses, pour qu'elle ne soit pas trop en colère après toi.

Il déposa un dernier baiser sur ses lèvres et rentra dans la maison. Le bal continuait de battre son plein. La musique emplissait l'air d'accents suaves et les étoiles avaient fait leur apparition dans le ciel enfin dégagé. Resserrant le manteau de Charles autour de ses épaules, Clémence frissonna, mais c'était de bonheur. C'était le plus beau jour de sa vie. Charles le lui avait enfin dit, il l'aimait. Elle espérait qu'il y aurait toute une vie de beaux jours devant elle. Pour l'heure, il allait falloir surmonter les foudres de sa mère. Et ce ne serait pas chose facile. D'ailleurs la voilà qui arrivait, accompagnée de Charles et de son père. Sa mère se figea un instant, à la vue de sa fille, dans un état pitoyable, la robe délabrée et le chignon défait.

— Mon dieu, Clémence, mais qu'as-tu donc fait? Je commençais à vraiment m'inquiéter. Regardes-toi, on dirait un chat mouillé. Tu ne sais donc pas te tenir en société?
— Ne la grondez pas, Madame. C'est de ma faute. Je prenais le frais, quand je l'ai heurtée au détour d'une allée du jardin. Elle a glissé, ce qui explique l'état de sa robe. La pluie a fait le reste.
— Ne prenez pas sa défense, Charles! Je sais très bien qu'elle a du vouloir aller voir l'océan sur la falaise et n'a pas tenu compte des recommandations que je lui avais faites avant de venir ici, ni des règles de la bienséance. Elle me désespère!...Merci de vous en être occupé, Charles, lui dit-elle d'un ton sec.

Clémence n'osait regarder son père. Celui-ci restait silencieux. Au bout d'un moment, elle leva les yeux et surprit un demi-sourire sur le visage de ce dernier, comme s'il était son complice un instant. Mais il retrouva bien vite son visage sévère et Clémence crut avoir rêvé. Pourtant, elle aurait juré...

— Monte dans la calèche, Clémence! La soirée est finie pour toi, ajouté son père, la mine sévère.

Puis, se tournant vers Charles:

— Merci de nous l'avoir ramenée, Charles. A bientôt. Vous serez à la partie de chasse, chez Berthier, samedi, en huit?

— Oui, bien sûr, répondit Charles en souriant, je ne la manquerais pour rien au monde, vous le savez!

— Alors, nous nous y retrouverons,

Il grimpa dans la calèche et s'installa aux côtés de sa femme, en face de Clémence. Cette dernière sut immédiatement qu'elle allait passer un mauvais quart d'heure. Mais le contraire eut été étonnant, songea-t-elle.

Charles les regarda s'éloigner et pensa à Clémence. Elle l'avait mis à sa merci, il était conquis. Il sourit et contrairement à son habitude, rentra directement chez lui, sans plus songer à Marie qui devait l'attendre,angoissée. Il avait envie de rester seul, à savourer son bonheur et ses émotions toutes neuves. Il s’allongea sur son lit, et s'endormit presque aussitôt.



Dans la calèche, l'ambiance était pesante. Clémence ne disait mot, la mine contrite et la tête baissée. Sa mère entama la conversation:

— J'espère que tu es contente, Clémence! Aujourd'hui, nous devions te présenter ton futur mari et tu as tout gâché! lui jeta-t-elle, d'un air revêche.

Clémence en eut le souffle coupé et bégaya, toute pâle:

— Comment ça, mon futur mari? Qui...Mais...Mais qui est-ce, Mère?

— Pierre-Etienne Rougier. Tu ne le connais pas, mais ses parents possèdent une filature du côté de Nantes. C'est un très bon parti, c'est tout ce que tu as à savoir...A condition qu'il veuille encore de toi, après ta disparition de ce soir, ajouta-t-elle comme une menace.

— Ta mère a raison, lui dit son père. Ta conduite est inadmissible. Tu as une réputation à soutenir et là, tu as fait n'importe quoi! Une vraie écervelée!

Ils continuèrent sur le même ton jusqu'au manoir, mais Clémence ne les entendaient plus. Elle pensait à Charles, à leur baiser, à ces mots à lui, à son "je t'aime". Et son cœur se serra. La vie venait encore de lui jouer un mauvais tour.
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