L'essentiel de la douleur humaine
 
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 Petite chaise

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Lilas



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MessageSujet: Petite chaise   Ven 22 Mar - 1:19


Ma vie se terminait donc de bien amère façon: seule, sans enfants, dans une chambre étrangère. Moi qui étais parti en voyage organisé pour me changer les idées, j'étais servie! J'avais déjà eu une vie très terne, besogneuse. Je mourrais donc de la même façon. Ce sera vraiment ma toute dernière pensée. Je sens le froid m'envahir. Il succède à cette douleur de feu qui m'a broyé la potrine sans pitié tout à l'heure. Mon souffle se fait si court, j'ai mal, j'ai peur...Il faudrait que j'appelle, mais je suis si fatiguée. Je...





Je gis, là , dans le noir. Il fait froid, si froid... De loin en loin, la porte s'ouvre, laissant pénétrer un chiche rais de lumière poussiéreuse. Son grincement me fait frémir. Ça sent le renfermé, l'humidité Moi qui ai connu le rose, le bleu et les couleurs pastel, les rires des enfants, les odeurs de talc et de peaux douces, cet endroit me terrifie. Mais il paraît qu'il y a pire, c'est ce que disent les autres, mes compagnons d'infortune, entassés autour de moi.Quelques fois, nous finissons brûlés ou détruits. Au moins, là, nous sommes vivants. Et si mes veines ligneuses sont désormais sèches et vides, mon cœur de bois bat encore vaillamment, bien que j'aie perdu tout mon vernis, et sois un peu éraflée. C'est vrai que je ne paye pas de mine.



je suis née à nouveau dans le Haut-Jura, une région de tradition dans le domaine du bois. Je dis "à nouveau" car, vous l'aurez compris, c'est moi qui meurt au début de cette histoire. Je suis l'exemple type de la réincarnation. Mais je n'ai pas du être assez sage dans ma vie antérieure, car je ne suis plus un être humain, mais un objet. Je ne vais pas me plaindre, j'aurais pu finir en caillou, sur le bord d'un chemin, ou en moustique à la vie si courte. Quelque part, j'ai quand même de la chance. D'un atelier, je suis sortie toute pimpante, vernie de frais, avec mes quatre petits pieds bien plantés dans le sol, mes barreaux chantournés en bois blond, et ma petite taille. Mes aînées se moquaient gentiment de moi, mais savaient que je n'étais destinée qu'à des enfants.J''étais si heureuse!...Moi qui n'en n'avais pas eu, j'allais être comblée. Je fus présentée au monde sur un marché joyeux. Les camelots interpellaient les badauds avec leur faconde bien rodée, et c'est là, un matin de juillet, que je fus achetée par un Papa. Un Papa, c'est très spécial. C'est un homme, oui, mais un homme qui a le cœur débordant d'un amour clair et doux comme de l'eau vive au soleil. Il ne se désaltère qu'au bonheur de son enfant, et ne se nourrit que de ses rires. Et ce Papa-là m'a emmenée pour faire plaisir à son petit Charles.



Charles était un enfant joyeux et intelligent, un angelot aux yeux transparents, d'un bleu azuréen. Ses fins cheveux bouclaient gaiement, rebelles à tout peigne.Il aimait par-dessus tout rester dans le bureau avec son père, lorsque celui-ci corrigeait les copies de ses élèves. Assis à ses pieds, sur le tapis usé par les générations, il faisait semblant, imitant ses expressions et ses attitudes, les sourcils froncés en pleine concentration. Alors Papa avait décidé de lui installer un bureau à côté de lui. Et c'est ce qu'il fit, en me complétant d'une petite table en bois avec qui je fis bon ménage. Je vécus alors des heures paisibles, entre Charles et son Papa, dans les odeurs de cire et de bonbons. Nous écoutions de la musique douce, et souvent, Charles levait la tête et regardait son Papa avec adoration. Puis il reprenait ses corrections personnelles avec application. Je ressentais son besoin de bien faire et regardais avec indulgence ses gribouillis informes dans lesquels il mettait tant d'énergie. Cela dura quelques années bénies, jusqu'à ce que Charles soit trop grand pour moi. Comme il n'y avait pas d'autre enfant pour prendre la suite, on me mit en vente dans une brocante. Un autre Papa me prit, mais je fus très triste de quitter Charles. Il me manqua longtemps.



Quelques années passèrent, mais les enfants à qui j'appartins ne m'utilisaient guère, aussi je n'en garde que peu de souvenirs, si ce n'est un tourbillon de rires, de pleurs, de courses effrénées.



C'est alors que je fis la rencontre de Caroline. Elle me regardait, songeuse, avec une moue rieuse. Elle avait deux grandes nattes blondes et des yeux noisettes plein de malice. Elle fit un caprice et c'est ainsi que je finis dans sa chambre d'enfant. Elle venait souvent s’asseoir à la fin de la journée, un peu fatiguée, quand elle avait besoin de calme. Elle prenait parfois un livre, mais le plus souvent, elle restait songeuse, silencieuse. Son poids léger était comme un trésor que j'avais à protéger, un oiseau fragile dont je ressentais les palpitations les plus infimes. Ces moments me devinrent très précieux. Ils rythmaient mes jours, mes saisons. Quand elle entra dans l'adolescence, elle ne me jeta pas, et ne me mit pas au rebut. Elle me garda auprès d'elle, faisant de moi le réceptacle de son désordre. Ce fut une joyeuse époque: ses amies venaient, et c'était des conversations sans fin sur l'amour, la vie, les garçons. Ah! Les garçons...Vaste sujet, sur lequel elles ne cessaient de revenir. Si j'avais pu, je leur aurais donné quelques conseils, mais ma condition de chaise m'en empêchait. Puis elle partit de la maison. A mon grand désespoir, ses parents me mirent à la cave, d'où je vous conte mon histoire.



Cela fait longtemps que cela dure, maintenant. J'ai peur qu'on me jette ou qu'on me brûle. C'est ce que disent les autres.



Voilà la porte qui s'ouvre à nouveau. Quelqu'un entre. Mais c'est Caroline, je la reconnais. Et son ventre est bien arrondi, elle attend un heureux évènement. Un homme l'accompagne, que je reconnais aussi! C'est Charles, mon petit Charles si sage! Et c'est moi qu'ils viennent chercher. Mon coeur de bois joue des castagnettes.



C'est ainsi que se finit mon histoire, dans une chambre refaite à neuf et décorée de rose, chez Caroline et Charles . Un berceau d'osier garni de dentelles blanches y trône. Après m'avoir repeinte, Charles m'a confié un ours en peluche. Bientôt, un nouvel enfant viendra s'asseoir sur moi et je pourrai encore le sentir vivre et rêver. Mon bonheur est complet, désormais.



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Rodes (nurtapa)
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MessageSujet: Re: Petite chaise   Sam 23 Mar - 14:29

C'est mignon comme tout, cette histoire. J'ai juste repéré quelques petites fautes et un mélange des temps un peu gênant pour la lecture.
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Lilas



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MessageSujet: Re: Petite chaise   Sam 23 Mar - 14:36

Oui, c'est assez naïf, je sais, mais j'avais besoin d'optimisme.
Dis-moi où ça "cloche", je corrigerai.
Merci pour ta lecture.
Je t'embrasse.
Douce journée.
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Rodes (nurtapa)
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MessageSujet: Re: Petite chaise   Dim 24 Mar - 7:23

J'ai marqué les fautes en gras sur ton texte. Le mélange des temps est présent au premier paragraphe.
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Lilas



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MessageSujet: Re: Petite chaise   Mar 2 Avr - 7:24

Ma vie se termine donc de bien amère façon: seule, sans enfants, dans une chambre étrangère. Moi qui étais partie en voyage organisé pour me changer les idées, je suis servie! J'ai déjà eu une vie très terne, besogneuse. Je mourrai donc de la même façon. Ce sera vraiment ma toute dernière pensée. Je sens le froid m'envahir. Il succède à cette douleur de feu qui m'a broyé la poitrine sans pitié tout à l'heure. Mon souffle se fait si court, j'ai mal, j'ai peur...Il faudrait que j'appelle, mais je suis si fatiguée. Je...





Je gis, là , dans le noir. Il fait froid, si froid... De loin en loin, la porte s'ouvre, laissant pénétrer un chiche rai de lumière poussiéreuse. Son grincement me fait frémir. Ça sent le renfermé, l'humidité Moi qui ai connu le rose, le bleu et les couleurs pastel, les rires des enfants, les odeurs de talc et de peaux douces, cet endroit me terrifie. Mais il paraît qu'il y a pire, c'est ce que disent les autres, mes compagnons d'infortune, entassés autour de moi.Quelques fois, nous finissons brûlés ou détruits. Au moins, là, nous sommes vivants. Et si mes veines ligneuses sont désormais sèches et vides, mon cœur de bois bat encore vaillamment, bien que j'aie perdu tout mon vernis, et sois un peu éraflée. C'est vrai que je ne paye pas de mine.



je suis née à nouveau dans le Haut-Jura, une région de tradition dans le domaine du bois. Je dis "à nouveau" car, vous l'aurez compris, c'est moi qui meure au début de cette histoire. Je suis l'exemple type de la réincarnation. Mais je n'ai pas dû être assez sage dans ma vie antérieure, car je ne suis plus un être humain, mais un objet. Je ne vais pas me plaindre, j'aurais pu finir en caillou, sur le bord d'un chemin, ou en moustique à la vie si courte. Quelque part, j'ai quand même de la chance. D'un atelier, je suis sortie toute pimpante, vernie de frais, avec mes quatre petits pieds bien plantés dans le sol, mes barreaux chantournés en bois blond, et ma petite taille. Mes aînées se moquaient gentiment de moi, mais savaient que je n'étais destinée qu'à des enfants.J''étais si heureuse!...Moi qui n'en n'avait pas eu, j'allais être comblée. Je fus présentée au monde sur un marché joyeux. Les camelots interpellaient les badauds avec leur faconde bien rodée, et c'est là, un matin de juillet, que je fus achetée par un Papa. Un Papa, c'est très spécial. C'est un homme, oui, mais un homme qui a le cœur débordant d'un amour clair et doux comme de l'eau vive au soleil. Il ne se désaltère qu'au bonheur de son enfant, et ne se nourrit que de ses rires. Et ce Papa-là m'a emmenée pour faire plaisir à son petit Charles.



Charles était un enfant joyeux et intelligent, un angelot aux yeux transparents, d'un bleu azuréen. Ses fins cheveux bouclaient gaiement, rebelles à tout peigne.Il aimait par dessus tout rester dans le bureau avec son père, lorsque celui-ci corrigeait les copies de ses élèves. Assis à ses pieds, sur le tapis usé par les générations, il faisait semblant, imitant ses expressions et ses attitudes, les sourcils froncés en pleine concentration. Alors Papa avait décidé de lui installer un bureau à côté de lui. Et c'est ce qu'il fit, en me complétant d'une petite table en bois avec qui je fis bon ménage. Je vécus alors des heures paisibles, entre Charles et son Papa, dans les odeurs de cire et de bonbons. Nous écoutions de la musique douce, et souvent, Charles levait la tête et regardait son Papa avec adoration. Puis il reprenait ses corrections personnelles avec application. Je ressentais son besoin de bien faire et regardais avec indulgence ses gribouillis informes dans lesquels il mettait tant d'énergie. Cela dura quelques années bénies, jusqu'à ce que Charles soit trop grand pour moi. Comme il n'y avait pas d'autre enfant pour prendre la suite, on me mit en vente dans une brocante. Un autre Papa me prit, mais je fus très triste de quitter Charles. Il me manqua longtemps.



Quelques années passèrent, mais les enfants à qui j'appartins ne m'utilisaient guère, aussi je n'en garde que peu de souvenirs, si ce n'est un tourbillon de rires, de pleurs, de courses effrénées.



C'est alors que je fis la rencontre de Caroline. Elle me regardait, songeuse, avec une moue rieuse. Elle avait deux grandes nattes blondes et des yeux noisettes plein de malice. Elle fit un caprice et c'est ainsi que je finis dans sa chambre d'enfant. Elle venait souvent s’asseoir à la fin de la journée, un peu fatiguée, quand elle avait besoin de calme. Elle prenait parfois un livre, mais le plus souvent, elle restait songeuse, silencieuse. Son poids léger était comme un trésor que j'avais à protéger, un oiseau fragile dont je ressentais les palpitations les plus infimes. Ces moments me devinrent très précieux. Ils rythmaient mes jours, mes saisons. Quand elle entra dans l'adolescence, elle ne me jeta pas, et ne me mit pas au rebut. Elle me garda auprès d'elle, faisant de moi le réceptacle de son désordre. Ce fut une joyeuse époque: ses amies venaient, et c'était des conversations sans fin sur l'amour, la vie, les garçons. Ah! Les garçons...Vaste sujet, sur lequel elles ne cessaient de revenir. Si j'avais pu, je leur aurais donné quelques conseils, mais ma condition de chaise m'en empêchait. Puis elle partit de la maison. A mon grand désespoir, ses parents me mirent à la cave, d'où je vous conte mon histoire.



Cela fait longtemps que cela dure, maintenant. J'ai peur qu'on me jette ou qu'on me brûle. C'est ce que disent les autres.



Voilà la porte qui s'ouvre à nouveau. Quelqu'un entre. Mais c'est Caroline, je la reconnais. Et son ventre est bien arrondi, elle attend un heureux évènement. Un homme l'accompagne, que je reconnais aussi! C'est Charles, mon petit Charles si sage! Et c'est moi qu'ils viennent chercher. Mon coeur de bois joue des castagnettes.



C'est ainsi que se finit mon histoire, dans une chambre refaite à neuf et décorée de rose, chez Caroline et Charles . Un berceau d'osier garni de dentelles blanches y trône. Après m'avoir repeinte, Charles m'a confié un ours en peluche. Bientôt, un nouvel enfant viendra s'asseoir sur moi et je pourrai encore le sentir vivre et rêver. Mon bonheur est complet, désormais.


Dernière édition par Lilas le Jeu 4 Avr - 9:46, édité 1 fois
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Rodes (nurtapa)
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MessageSujet: Re: Petite chaise   Mer 3 Avr - 9:09

m'a broyée la poitrine sans pitié
Je me suis trompé c'était bien broyé qu'il fallait

Moi qui étais parti
Là tu n'as pas corrigé.
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Lilas



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MessageSujet: Re: Petite chaise   Jeu 4 Avr - 9:48

Voilà qui est fait Smile
Belle et douce journée
Je t'embrasse.
Lilas
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MessageSujet: Re: Petite chaise   

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